Massif des Corbières : remettre en état le réseau électrique après un incendie hors norme

Publié le 09 février 2026
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À l’été 2025, un incendie d’une intensité exceptionnelle a ravagé le massif des Corbières, dans l’Aude. 17  000 hectares touchés, 16 communes impactées, une vie perdue, des habitations détruites, des réseaux mis à terre. Après avoir apporté des solutions d’urgence, Enedis a engagé une remise en état au long cours. On vous explique ce projet, ce qu’il implique concrètement, et comment il va rendre le réseau électrique plus robuste et mieux adapté aux risques climatiques.

Pourquoi remettre en état ? Parce qu’un incendie n’abîme pas que la nature

Un grand feu ne s’arrête pas aux lisières des forêts. La chaleur extrême déforme les câbles, fragilise les poteaux, fait fondre certains accessoires, met hors service des armoires basse tension qui alimentent nos habitations. L’incendie expose tout ce qui est aérien avec des risques d’effondrements. Résultat : même quand le courant revient grâce à nos interventions d’urgence, le réseau reste encore vulnérable. Chaque rafale de vent, chaque forte pluie, peut endommager ces réparations.

En août 2025, dans les Corbières, l’onde de choc a été d’une ampleur rare : 17  000 hectares parcourus par le feu, 16 communes touchées, des habitations détruites, un décès et plusieurs blessés. Face à cela, la mission est claire : rétablir l’électricité en toute sécurité et renforcer durablement le réseau.

Trois temps forts : urgence, consolidation, remise en état

L’urgence des premiers jours

Objectif : réalimenter rapidement les points critiques : stations d’eau potable, antennes télécom, mairies, centres d’accueil et sécuriser les zones. Cela passe par des groupes électrogènes placés stratégiquement, des réparations provisoires, et une coordination étroite avec la préfecture, les secours, les communes et les autres opérateurs (télécom notamment). Pendant huit jours, une cellule de crise départementale pilotée par l’État où tous les acteurs dont Enedis partageaient leurs informations en temps réel a permis de mettre en œuvre les actions les plus urgentes en parfaite coordination.

La consolidation les semaines suivantes

Une fois l’urgence passée, on « stabilise » le réseau :

  • Diagnostic précis des lignes Haute Tension (HTA) à 20 000 Volts qui alimentent les communes et les industries et des lignes Basse Tension (BT) qui alimentent les particuliers et les professionnels, inspections par des équipes au sol et par drones. Le diagnostic révèle plus de 300 poteaux brulés, 19 km de réseau HTA et 5 km de réseaux BT détruits !
  • Réparations provisoires robustes.
  • Suppression progressive des groupes électrogènes qui avaient été déployés pour répondre à l’urgence. En effet, ces groupes provoquent des nuisances (notamment sonores), ils ont un fort impact CO2.

La reconstruction sur plusieurs mois

C’est la phase la plus longue. Elle consiste à remplacer, renforcer ou enterrer des tronçons de réseau pour qu’ils résistent mieux aux aléas de type incendies ou tempêtes.

Dans les Corbières, cela veut dire concrètement :

  • Enterrer près de 15 km de lignes HTA, dont 7 km en coordination avec les opérateurs télécoms.
  • Réparer de multiples équipements électriques (armoires électriques, câbles…) sur le réseau BT et les branchements individuels.
  • Remplacer de nombreux poteaux en bois par des poteaux métalliques plus résistants.

L’objectifs : réduire l’exposition aux feux, diminuer les maintenances et améliorer la qualité de service.

Pour répondre à ces enjeux, Enedis a mis en place une équipe projet dédiée. Elle va s’organiser sur toute l’année 2026. Une partie des lignes hors d’usage sera retirée avant le printemps, pour épargner la végétation.

Ce que ça va changer pour les habitants et les communes

  • Un réseau électrique plus robuste aux aléas climatiques.
  • Une qualité de fourniture d’électricité retrouvée.
  • Une meilleure qualité de tension : la remise en état s’accompagne d’accessoires neufs, de protections calibrées et de schémas de réseau optimisés.
  • Un réseau enterré plus discret, améliorant l’esthétique des paysages.

« Mutualiser pour aller plus vite » : une convention unique dans trois communes

En novembre 2025, au Salon des maires à Paris, une convention a été signée entre Enedis, des opérateurs télécom (Emeraude THD by Altitude) et le Syaden (le syndicat d’énergie de l’Aude). Le principe : enfouir ensemble environ 7 km de réseaux électriques et télécom sur trois communes (Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Coustouge, Jonquières). Bénéfices : chantiers coordonnés, coûts partagés, impact réduit pour les riverains, et discrétion des réseaux enterrés.

Sur le terrain : ce qui rend ce chantier si exigeant

Le massif des Corbières, ce sont des reliefs calcaires, des crêtes battues par le vent, des pistes étroites, des garrigues denses. Quand un feu aussi important est passé, on ne se présente pas simplement avec notre nouveau rouleau de câble. C’est bien plus compliqué : on progresse petit à petit, en garantissant la sécurité de nos collaborateurs et prestataires, parfois à pied, parfois en hélicoptère, et on pose des sections provisoires en respectant la faune et la flore qui reviennent. C’est un travail physique et millimétré.

Quel calendrier pour ce projet ?

La totalité des chantiers est échelonnée sur l’année 2026.

Paroles de terrain

Difficile et passionnant à la fois — Je voyais les flammes au loin, j’ai appelé mon responsable et j'ai rejoint la cellule de crise technique à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. C'est comme ça qu'on a pu gérer les dépannages au plus près de la population, choquée.

Benjamin Responsable d’équipe

Décodage

  • HTA : « Haute Tension A » — une tension intermédiaire (20 000 Volts) qui achemine l’électricité vers les communes.
  • BT : « Basse Tension » — c’est l’électricité qui arrive chez vous (230/400 Volts).